Variole du singe : « On ne sait pas grand-chose de la variole du singe, il faut surréagir pour éviter une nouvelle maladie mondiale »

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Endémique dans onze pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, la variole du singe se répand en Europe. Trente-trois cas ont été enregistrés en France à ce jour. Auprès de « l’Obs », le professeur Antoine Flahault appelle à des mesures fortes pour contenir l’épidémie.

Serait-ce la nouvelle pandémie ? La variole du singe inquiète les autorités sanitaires. « Nous ne savons pas si nous pourrons contenir rapidement sa propagation », a indiqué mardi 31 mai le bureau européen de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un communiqué. Ce virus endémique en Afrique centrale et de l’Ouest se diffuse depuis quelques semaines sur le Vieux Continent. Si l’Europe est devenue, selon l’OMS, « l’épicentre de l’épidémie la plus importante et la plus étendue en dehors des zones endémiques », seulement 600 cas ont été répertoriés dans le monde, dont 33 en France selon les chiffres de Santé publique France au 1er juin.
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N’en fait-on pas un peu trop ? Après deux ans de Covid-19, ne voit-on pas des pandémies partout désormais ? Pas du tout, assure à « l’Obs » Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé globale et professeur à la faculté de médecine de l’université de Genève, qui préconise au contraire de s’armer dès à présent pour éviter le développement de la maladie.
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Les premières données concernant la maladie sont encore parcellaires. Que sait-on avec certitude concernant la variole du singe ?

Toutes les données doivent être prises avec énormément de précaution. C’est un virus négligé et encore très méconnu. On sait que c’est un virus à ADN, donc il ne mute pas, ou très peu. On ne devrait donc pas avoir de variants tous les trois mois, comme on a pu le voir avec le Covid-19. Par exemple, depuis 1970, on a identifié deux variants du virus de la variole du singe.
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On croit savoir que sa sévérité se situe entre 1 % et 10 % de mortalité. 1 %, c’est énorme. On ne l’a pas vu encore en France, mais on observe cette mortalité en Afrique. Par ailleurs, il n’est pas certains que le traçage ait permis une bonne estimation de cette sévérité.
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Pour ce qui concerne la transmissibilité, nous n’avons pas identifié de grand potentiel épidémique. Les chaînes de transmission sont majoritairement zoonotiques (de l’animal vers l’homme) et quelques cas secondaires de transmissions interhumaines ont été observés. Le R0 de la variole du singe (le taux de reproduction) est en principe inférieur à 1, mais il reste des incertitudes.
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On parle beaucoup de la variole du singe, donc la population va plus facilement consulter et les médecins qui voient les vésicules vont penser à tester pour la variole du singe. Je ne saurai déterminer aujourd’hui quelle est la part respective d’un rattrapage de la veille sanitaire et de la croissance exponentielle de la transmission. Nous en saurons plus dans les semaines à venir.

La gravité de la situation n’est-elle pas surestimée ?

Je crains qu’on ne sache pas très bien où l’on va. C’est un phénomène nouveau, qui concerne un virus ancien, identifié pour la première fois chez un humain en 1970 au Congo. On croyait le connaître depuis de nombreuses années et il n’y avait jamais eu de véritable grande épidémie de variole du singe, même en Afrique. Comme très souvent pour les virus se développant dans des pays à faibles revenus, on ne sait pas grand-chose. Il est resté très négligé jusqu’alors parce qu’il ne représentait pas une réelle menace dans les pays riches. De ce fait, on a une très faible connaissance de ce virus, identifié çà et là, mais qui n’a jamais défrayé la chronique.
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Face à la situation actuelle, il y a deux options. Attendre et réagir si la situation empire. Ou bien se dire qu’il faut mettre les bouchées doubles dès à présent. Trente-trois cas ont été recensés en France : isoler et traiter ces 33 personnes est possible sans grandes difficultés, sans mettre à genoux l’hôpital. Et on peut espérer ainsi éviter une nouvelle épidémie. Et si on en a fait trop, on sera très content : il faut surréagir, de façon assumée, pour éviter le démarrage d’une nouvelle maladie mondiale. Car, encore une fois, on ne sait pas grand-chose sur ce virus.

Nous inquiétons-nous plus maintenant car nous avons connu le Covid-19 ?

Sans doute. Mais ne pas retenir les leçons du Covid-19, de ce passé récent, serait le plus grand dommage et le plus grand reproche à faire aux autorités politiques et scientifiques. On ne refait pas les films, le Covid est maintenant dans le monde, pour sans doute de nombreuses années encore. Peut-être que ça n’a rien à voir, mais si c’était le cas, nous serions bien inspirés d’avoir isolé les malades et de ne pas avoir laissé le virus circuler plus avant.

Que faire justement pour éviter une nouvelle épidémie ?

Ce n’est pas insensé de craindre une nouvelle épidémie. La maladie n’est pas très grave, elle ne tue pas (du moins chez nous). Mais attention, les autorités de santé doivent tout de même prendre ce virus au sérieux car il ne faut pas laisser se propager une maladie qui n’a jamais sévi sous nos latitudes sans l’empêcher.

La solution, c’est tester, tracer, isoler. Ce n’était pas faisable avec le Covid-19 car des centaines de personnes tombaient malades très rapidement. Dans le cas de la variole du singe, c’est possible car le nombre de cas est encore faible. Il faut par ailleurs se protéger contre le réservoir animal : il ne faut pas que les gens malades aient des contacts avec des animaux domestiques. La vaccination est aussi un levier. Si l’on vaccine dans les quatre premiers jours après le contact infectieux, on peut éviter les formes graves potentielles.

Propos recueillis par Margaux Otter
Source: Nouvel Obs

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