À Washington, entourés d’élus démocrates, d’anciens militaires américains réclament un cessez-le-feu à Gaza. Réunis devant le Capitole, ils affirment que « cette méthode de déshumaniser tout un peuple pour justifier la violence, et expliquer que c’est un mal nécessaire pour éradiquer le terrorisme, ne fonctionne pas ».
Ils demandent donc à l’administration du président Joe Biden de faire pression sur son allié israélien pour favoriser l’arrêt des combats dans l’enclave palestinienne bordant la Méditerranée.
Chaque ancien militaire vit avec un mélange de traumatisme et de sentiment de culpabilité, en plus de la certitude d’avoir été dupé lors des opérations militaires passées.
Jeremy Rubin s’est enrôlé dans les marines après le 11 septembre 2001; en 2010, il a été envoyé en Afghanistan pour renforcer l’occupation militaire américaine. Il pose la question : Comment se fait-il que 20 ans après la guerre contre le terrorisme, on n’a toujours pas compris que tuer pour avoir de la sécurité est impossible?
Selon lui, le bain de sang à Gaza ne va mener ni à l’émancipation des Palestiniens ni à la sécurité d’Israël et ne va que nourrir la colère contre l’État hébreu.
La voix pleine de remords, il décrit les missions qu’il devait mener en Afghanistan : M. Rubin explique ainsi qu’il devait préparer des documents qui serviraient à cibler des étrangers, sur la base de renseignements sûrs.
Quand j’accompagnais mes marines et que nous traversions de manière menaçante des terres afghanes sous le regard effrayé des fermiers, je savais que je n’étais pas du côté de la libération.

Matt Stys fait partie de ces anciens combattants qui réclament un cessez-le-feu.
Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis
Matt Stys, pour sa part, a combattu en Irak pendant 13 mois. Il était chef d’équipe dans la 101e division aéroportée de l’armée américaine.
On nous a appris à déshumaniser les Irakiens pour mener notre mission. Je me sens coupable de mon implication en Irak. Je fais part de mon expérience pour sensibiliser les gens. On revoit le même scénario à Gaza, il y a une meilleure façon que la guerre, il y a juste la diplomatie qui marche.

Daniel Lakemacher, ancien militaire stationné à Guantanamo, tient une pancarte réclamant un cessez-le-feu à Gaza.
Photo : Radio-Canada / Azeb Wolde-Giorghis
L’histoire se répète pour Daniel Lakemacher, qui a été en poste dans l’une des bases les plus controversées des forces américaines.
J’ai travaillé sept mois à la prison de Guantanamo, et j’entends le même discours qui déshumanise un groupe de personnes pour justifier un massacre collectif, en nous expliquant que c’est nécessaire pour éradiquer l’ennemi.
Soutien politique
Tour à tour, les élus démocrates venus les appuyer, dont Summer lee, Delia Ramirez et Cori Bush, se sont relayés sur un podium installé pour l’occasion, afin d’appeler à un cessez-le-feu. Les élus étaient également présents pour montrer leur solidarité à Rashida Tlaib, la représentante démocrate du Michigan, d’origine palestinienne, qui a été censurée après avoir déclaré du fleuve à la mer, libérez la Palestine
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La démocrate Rashida Tlaib est l’une des premières représentantes musulmanes élues à la Chambre.
Photo : Reuters / Rebecca Cook
Un total de 234 élus, dont 22 démocrates, ont voté en faveur d’une résolution qui l’accuse de promouvoir des récits erronés et de lancer un appel à la destruction d’Israël. Après la motion de censure, Rashida Tlaib avait alors rétorqué : Essayer de m’intimider ou de me censurer ne marchera pas, parce que ce mouvement pour un cessez-le-feu est plus grand que moi.
Les élus ont décidé de censurer la seule Palestinienne au Congrès parce qu’elle a osé être en désaccord.
La représentante démocrate du Missouri Cori Bush affirme quant à elle que le 11 novembre est aussi la journée où l’on honore les peines et le traumatisme que vivent toujours les anciens combattants.
Elle ajoute du même souffle que leurs témoignages et perspectives sur le conflit actuel entre Israël et le Hamas sont d’une valeur inestimable.
Dans la foulée, Mme Bush s’en est pris à l’administration Biden et à son appui pour les pauses humanitaires.
Qu’est ce qui se passe après la pause humanitaire, les bombardements reprennent? On réclame un cessez-le-feu maintenant.