Fête de la Liberté, Abengourou 2022: le discours du président du FPI Pascal Affi N’Guessan

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Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Missions Diplomatiques ;

Honorables Chefs Traditionnels et coutumiers ;

Honorables invités venus de l’étranger et du pays frère du Niger ;

Chers frères et sœurs présidents et représentants des partis

politiques de Côte d’Ivoire ;

Mesdames et Messieurs les leaders des Organisations Syndicales et de la Société Civile ;

Camarades membres de la Direction et des Organes centraux du Front Populaire Ivoirien ; Monsieur le président du comité d’organisation et camarades membres du comité d’organisation ;

Camarades Secrétaires Généraux de Fédérations ;

Camarades délégués des Sections et des Représentations du

FPI à l’Etranger ;

Honorables invités,

Un double sentiment de joie et de fierté m’anime au moment où il m’appartient de clôturer ces deux jours denses et heureux, ces deux jours au cours desquels, tous ensemble, nous avons célébré nos valeurs, exprimé notre ambition de renaissance du Front Populaire Ivoirien, le parti des grands défis et des grands combats, le parti de l’espérance, l’espérance de la réconciliation nationale, l’espérance de la paix, l’espérance de la renaissance de notre pays, le parti des libertés, le parti de la Liberté que nous célébrons ensemble…

Et je me réjouis de la force de cet hymne, que nous venons ensemble d’écouter pour la première fois et qui célèbre nos valeurs avec tant de puissance. Bravo à ses auteurs et merci à tous ceux qui ont participé au concours que nous avions lancé lors de notre congrès.

Au nom de la Direction du FPI, je voudrais adresser à chacun de vous, présents aujourd’hui, mes salutations et vous remercier très chaleureusement.

Mes remerciements s’adressent en tout premier lieu à nos invités, venus de pays amis, à ASSOUMANA ISSA Malam représentant du PNDS, le parti frère du Niger, et aux représentants des Organisations accréditées dans notre pays. Merci, chers amis d’honorer de votre présence ce moment de joie et de partage d’expériences. Il nous est précieux de vous avoir parmi nous.

Je dois le dire : j’ai été impressionné par la qualité des débats, lors du panel hier matin, consacré aux défis de la démocratie et de la liberté en Afrique dans un contexte de menaces et d’attaques terroristes. Merci aux différents orateurs : le ministre ASSOUMANA Issa Malam et le professeur Firmin KREKRE. Merci également au professeur Simon Pierre EKANZA pour la brillante conférence sur l’apport de la culture à la paix et à la démocratie à travers l’exemple des royaumes de l’Indénié et du Djuablin.

Merci aux présidents de partis politiques et aux responsables des Organisations Syndicales et de la Société Civile, présents à nos côtés dans la plus pure tradition républicaine. Un merci particulier aux partis frères de l’AFD.

Mes remerciements s’adressent également aux Chefs traditionnels

et religieux, venus honorer notre invitation.

Je salue et j’adresse mes sincères félicitations à tous les Secrétaires Généraux de Fédérations et de Sections. Chers Camarades, c’est sur vos épaules que repose le parti. J’aurai naturellement aujourd’hui une mention particulière pour les camarades de l’Indénié Djuablin. Votre mobilisation a été exemplaire et nous savons que cette journée marque le lancement de la reconquête de cette région par le Front Populaire Ivoirien.

Je me dois, pour clôturer cette série de remerciements, d’adresser aux Vice-présidents du FPI, au Secrétaire Général, porte-parole du parti, au comité d’organisation de notre Fête de la Liberté et à son président l’honorable N’Da Edoukou Bernhard, aux Secrétaires Généraux-Adjoints, aux Secrétaires Nationaux, Techniques et chargés des Régions, aux responsables de l’OFFPI, de la JFPI, de la CEFPI, de la CURFP et des Coordinations, l’expression de ma profonde reconnaissance pour engagement et leur mobilisation.

Je sais pouvoir compter sur vous. Je sais pouvoir compter sur tous les délégués aussi, venus de toutes les Fédérations. Je leur dis merci. Merci d’avoir répondu à l’appel. Merci de cette nouvelle manifestation de votre attachement à votre parti, à notre parti. Merci de votre mobilisation. L’enveloppe manifestement n’est pas vide, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure. Elle va bientôt déborder.

Quel bonheur en effet de vous retrouver, de se retrouver, tous ensemble, réunis à Abengourou, afin de célébrer la Liberté. Après le formidable congrès du 13 novembre 2021 à Treichville, cette journée est à nouveau une démonstration de notre force, de notre cohésion, de notre détermination. C’est vrai que nous n’avons plus au pied ce boulet du populisme, de l’extrémisme, ce boulet, qui nous empêchait de prendre notre envol, qui brouillait notre image. Celle-ci a retrouvé toute sa force, en totale fidélité aux valeurs socialistes et humanistes. Aujourd’hui, notre identité est plus puissante que jamais.

Cette enveloppe qui déborde, c’est la meilleure réponse à celles et ceux dont l’unique dessein était de nous rayer du paysage politique. A tous ceux qui n’avaient à la bouche que le mensonge,

le dénigrement, la diffamation. A tous ceux qui nous disaient moribonds et rêvaient de nous enterrer.

Nous sommes bien vivants ; déterminés à donner le meilleur de nous-mêmes pour la renaissance de la Côte d’Ivoire. Regardez-vous, vous êtes l’expression même de la vie !

Alors, oui, je le redis : je suis heureux, je suis ému, je suis fier de vous voir si nombreux pour qu’ensemble, nous célébrions la liberté.

La liberté, c’est le combat qui nous rassemble.

La liberté, c’est aussi une idée qui nous ressemble.

La liberté, c’est notre valeur fondatrice.

Toute notre histoire politique se retrouve dans ce mot et dans cette volonté que nous partageons, cette volonté d’affermir la liberté dans notre pays. La liberté et la démocratie, dont elle est indissociable. La liberté et la démocratie, au service de la paix et du développement.

Quand on est guidé par la seule force de son projet d’émancipation, de liberté et non par la colère ou par l’envie de revanche, quand on a, comme vous tous ici aujourd’hui à Abengourou, des convictions chevillées au corps, alors, on ne baisse jamais les bras. D’ailleurs, nous n’avons jamais baissé les bras, en dépit de toutes les difficultés rencontrées. Notre volonté est insubmersible.

Et la défense de la liberté, c’est pour le Front Populaire Ivoirien une passion de toujours et pour toujours.

Elle nous a guidés dans nos luttes d’hier.

Elle nous anime dans les actes que nous posons aujourd’hui.

Elle sera bien évidemment le fil conducteur de nos combats à venir pour bâtir demain une Côte d’Ivoire définitivement en paix.

Hier d’abord,

C’est en son nom que nous nous sommes engagés dans la clandestinité. Pour ce qui me concerne, c’était en 1986, une longue histoire, 36 ans déjà. Ce n’était pas une partie de plaisir.

C’était, pour nous tous, un engagement contre le parti unique et

c’était par conséquent un engagement pour la liberté.

Parce-que le parti unique était l’adversaire de la liberté d’expression.

Le parti unique, c’était une chape de plomb. C’était la prime à la dissimulation et à la flatterie.

Le parti unique, c’était dire aux chefs, petits ou grands, ce que leur ego attendait, afin de ne pas se les aliéner, afin de ne pas prendre de risque, pour sa carrière, pour sa sécurité aussi.

Avec le parti unique, la vérité n’était pas bonne à dire. On cachait la poussière sous le tapis. Or, on ne fait pas avancer un pays en dissimulant ses problèmes.

On fait avancer son pays en les affrontant et en les réglant.

C’est cela avoir le sens des responsabilités.

Ce fut un combat collectif.

Ce qui nous différenciait déjà, et ce qui nous différencie encore souvent des autres partis politiques, c’est aussi cela. Ce sens du collectif.

Nous sommes les défenseurs d’idéaux qui peuvent bien sûr se fédérer autour d’un leader. Le leader est une nécessité ; le leader est une incarnation.

Mais il n’existe pas au FPI d’homme providentiel. Nous n’avons jamais eu vocation à l’idolâtrie et à la vénération.

La gloire d’un leader ne doit jamais devenir le but ultime de la lutte. Le leader est le porte flambeau des aspirations collectives du groupe. Il est un guide, pas un gourou.

D’ailleurs, le leader n’est pas éternel. Il doit savoir préparer sa succession, s’entourer des meilleurs pour anticiper la relève, ne pas avoir peur un jour de passer le flambeau. Dans l’histoire du monde, il existe des personnalités qui ont inspiré, créé des partis puis passé le relai. Après une vie de combat, Nelson Mandela s’est retiré de la politique active, à l’issue d’un unique mandat présidentiel.

Cette élévation d’esprit a finalement contribué à le rendre immortel. Cette capacité de détachement a participé à l’affermissement de la démocratie, à l’unité nationale, à poser les fondations de la Nation arc-en-ciel. Cet exemple reste pour nous une source d’inspiration.

Dans cet esprit, et guidés par la volonté de renouvellement de nos cadres, nous avons procédé, dès l’issue de notre congrès du 13 novembre, à des modifications dans la direction de notre parti. Celle-ci a été réorganisée, renouvelée, rajeunie et féminisée. Le FPI doit toujours davantage refléter la réalité sociologique de la Côte d’Ivoire. La jeunesse de notre population est une richesse inestimable. Et ici comme ailleurs, les femmes représentent la moitié de l’humanité. Ne l’oublions jamais. Nos compatriotes doivent pouvoir s’identifier à nous.

Pas de gourou, pas d’idole, cette spécificité demeure en réalité un élément majeur de notre identité politique. Pour cette raison, nous ne serons jamais un parti clanique, tribaliste, représentant d’une communauté, d’une région, d’une ethnie, un parti replié sur lui- même. Nous serons toujours le parti de toute la Côte d’Ivoire dans sa diversité sociale, ethnique et religieuse. Nous sommes le parti de la diversité.

La liberté, nous l’avons donc fêtée pour la première fois il y a 32 ans, lorsque, grâce à notre détermination, nous avons mis fin au parti unique pour imposer le multipartisme.

30 avril 1990 : les combattants de la première heure gardent ce jour enfoui dans leur mémoire comme un talisman ; les plus jeunes ont appris cette date sur les bancs de l’école : ce jour-là, un vent à la fois doux et joyeux soufflait sur notre cher pays.

Le multipartisme était en effet l’autre nom de la liberté. Et ce vent- là, ce vent doux et joyeux, ouvrait grand la porte à tous les possibles, à tous les rêves, à toutes les joies, à d’autres conquêtes politiques.

Ce jour-là, la vie politique ivoirienne se trouvait durablement déverrouillée, décadenassée. Grâce à nos luttes, grâce à nos sacrifices, d’autres partis allaient bientôt éclore.

Le RDR, en 1994, ancêtre du RHDP, l’UDPCI, en 2001, sont finalement les enfants de notre combat d’hier. Au même titre que tant d’autres partis politiques ivoiriens, qui sont autant d’expressions du pluralisme des idées et des convictions, ce pluralisme sur lequel doit s’affermir davantage encore la démocratie dans notre pays.

Depuis, il nous est arrivé parfois, trop souvent à notre goût, de déplorer ses imperfections, ses manquements, ses failles, mais nous n’avons jamais baissé les bras. Nous n’avons jamais cédé à la tentation du désarroi. Car la liberté demeure le socle de notre engagement. Et nous savons que demain, par la magie de ce mot, notre Côte d’Ivoire sera plus belle, plus désirable, plus exemplaire encore pour tout notre continent.

Depuis 32 ans, nous avons tout connu en termes de liberté. Des moments d’avancée, de conquête, de pratique du pouvoir où nous nous sommes efforcés de l’affermir, des moments de partage du pouvoir, des moments d’épreuves, de recul, des moments de difficultés, des moments d’espoir.

Et finalement, ensemble, nous avons toujours su nous relever, avancer, repartir, convaincus que, pour ce qui concerne la liberté, aujourd’hui est mieux qu’hier et que demain sera mieux qu’aujourd’hui.

C’est aussi cela, être socialistes, chers camarades, cette confiance inébranlable dans la capacité de dépassement et de progrès, cette foi en la liberté. Le socialisme prend aussi ses racines dans l’optimisme de la volonté.

Et d’ailleurs, pour ce qui est du passé récent, l’année qui vient de s’écouler en est la démonstration flagrante. Il y a un an, vous vous souvenez, nous étions meurtris, blessés, malheureux de voir notre pays fragilisé par une nouvelle crise post-électorale. Notre parti en était sorti affaibli après mon incarcération. Nous devions reprendre des forces pour achever notre convalescence.

Nous avions au fond de nous, cette amertume d’avoir collectivement, tous partis confondus, rejoué ce mauvais scenario de la division, d’avoir exposé nos concitoyens. Je n’oublierai jamais que certains y ont laissé la vie – je m’incline devant leur mémoire-. Une fois encore, nous nous étions montrés incapables, une fois de trop, d’échapper à une forme de malédiction.

Nous avions aussi la volonté ferme de mettre toutes nos forces en

oeuvre pour en finir enfin avec ces vieux démons qui rodent et nous empêchent de progresser. Nous ne les connaissons que trop bien, ces démons : les postures d’exclusion, de conflit, de confrontation ; l’exact opposé de l’esprit d’unité qui nous anime.

Nous avons donc repris le fil de notre combat pour la liberté. Nous l’avons fait dans une sous-région en proie à de nouvelles convulsions, une sous-région où le terrorisme islamiste d’une part, la tentation du kaki de l’autre, viennent casser des dynamiques démocratiques. Les échanges lors du panel hier ont bien montré l’interdépendance de nos pays face à ce fléau.

Nous avons repris le fil du combat avec une ambition : œuvrer afin que la Côte d’Ivoire puisse redevenir un phare qui indique le chemin, dans cet environnement instable, où partout autour de nous, la démocratie et donc la liberté, donnent le sentiment de vaciller, de régresser.

De ce point de vue, l’année dernière a été désespérante : Nouveau coup d’Etat au Mali, coup d’Etat en Guinée, coup d’Etat au Burkina Faso, tentative de coup d’Etat en Guinée Bissau.

Les québécois aiment utiliser une expression que l’on peut transposer à notre cher pays : « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console ».

Oui, il nous arrive de nous désoler que les choses n’aillent pas assez vite, que nos revendications en termes de libertés réelles soient insuffisamment entendues…

Mais nous avons aussi, aujourd’hui, des motifs de consolation et au- delà de vraies raisons d’espérance.

Aujourd’hui en effet,

Notre volonté d’affermir la paix semble mieux partagée. Ces derniers mois, le dialogue politique a démontré un esprit, une envie de l’ensemble de nos partis de trouver en amont de notre prochaine élection présidentielle de 2025, les moyens d’éviter de replonger dans le sang et les larmes.

Les points de blocage et de clivages ont été identifiés. La nécessité de créer un environnement plus apaisé est mieux comprise. C’est le désir profond de nos compatriotes.

Nous avons en commun ce dessein de nous atteler ensemble à imaginer, enfin, un cadre dans lequel tous les acteurs politiques sauront gérer leurs différends à travers le dialogue, sans recourir à la violence. Car nous savons tous que la violence est un désastre moral et que la rage est un enfermement mental.

Je salue la démarche du président de la République.

Je l’ai entendu se féliciter de la détermination des différentes familles politiques de « se départir de la violence comme mode d’accession au pouvoir ». Nous nous inscrivons dans cette logique. Nous en prenons l’engagement moral devant les Ivoiriens.

Je me félicite de sa détermination, réaffirmée il y a dix jours lors de son discours sur l’état de la Nation, de tout faire pour œuvrer à une vraie réconciliation de tous les enfants de ce pays.

A cet égard, j’ai comme vous noté le récent déplacement à La Haye de Claude Sahi Soumahoro, le chef de cabinet du président de la République. Je forme le vœu que Charles Blé Goudé retrouve très prochainement la Côte d’Ivoire et puisse tracer librement son sillon, chez lui, dans notre pays.

En vérité, nous n’ignorons pas que beaucoup reste encore à faire. Il nous faut désormais donner une traduction concrète à cette bonne volonté des uns et des autres. Nous devinons entre les lignes les arrière-pensées. Nous privilégierons pour notre part toujours l’intérêt national sur toute considération purement partisane, sur le désir de revanche ou l’exacerbation d’egos. Ce sera notre démarche.

Plusieurs événements participent déjà de cet apaisement de notre vie politique. Le retour de Laurent Gbagbo a incontestablement contribué à la normalisation. L’audience que lui a accordée le président de la République a été sereine, tranquille, paisible, en un mot Républicaine.

Ce retour était bien sûr un moment fort pour notre pays, que nous avons salué après l’avoir attendu et espéré comme un maillon essentiel de la réconciliation. Un an plus tard, c’est finalement devenu aujourd’hui un non-événement. Et le fait que la présence de Laurent Gbagbo soit un non-événement constitue en soi un gage d’apaisement de notre vie publique…

Même si on sent parfois chez lui la volonté de revanche, de semer des petites graines empoisonnées, de revenir sur des moments douloureux de notre histoire. On ne gomme pas sa nature profonde ; on ne réécrit pas davantage sa vision du monde.

Et nos visions sont radicalement différentes. Pour notre part, nous ne nous résoudrons jamais à ce que « la Côte d’Ivoire soit kidnappée » pour paraphraser l’expression de l’écrivain tchèque Milan Kundera, kidnappée par ceux qui, tout en parlant de réconciliation et de démocratie, gardent notre pays en otage de leurs ressentiments et demeurent prisonniers de leurs arrière-pensées et du boulet populiste qui les empêche d’avancer.

Ce qui nous rassure, c’est que son discours n’a plus le même impact, la même portée, parce-que nos concitoyens savent que sa vie politique appartient au passé de la Côte d’Ivoire.

Il y a un temps pour tout et je le dis sans animosité envers Laurent Gbagbo, le temps de la politique active est derrière lui.

Pour ce qui nous concerne, nos chemins se sont séparés l’été dernier, très exactement le 9 août. Une rupture qu’il a voulue brutale, à son image. Une rupture qui, passé notre étonnement devant cette expression publique de tant de haines recuites et somme toute dérisoires, a marqué le temps de notre libération.

Nous avons retrouvé notre liberté. Chaque jour, nous continuons de savourer cette libération. Nous ne regrettons pas le départ de ceux qui ont en fait renié nos valeurs profondes.

Je le disais au début de mon propos, la vérité est indissociable de la liberté. Être libre, c’est pouvoir parler, c’est pouvoir tout dire, c’est rétablir les faits. Depuis quelques semaines, dans les différentes tournées que j’effectue dans les villages, je peux enfin tout dire.

J’avais longtemps observé une forme de réserve pour ne pas hypothéquer une possible réconciliation de la famille socialiste. J’ai longtemps, sans doute trop longtemps, accepté de me voir personnellement trainé dans la boue, affublé du sobriquet infamant de traître. J’ai avalé toutes ces couleuvres pour vous et je sais, chers camarades, le courage qui a été le vôtre pour, pendant toutes ces années, rester solides et stoïques. Je vous en remercie.

Nous sommes désormais libres de dire à nos parents toute la vérité sur cette longue crise interne qui a causé tant de préjudice au Front Populaire Ivoirien, cette crise qui a été nourrie pendant des années pour l’unique motif de ne pas voir émerger un possible leadership alternatif.

Nous sommes désormais libres de mettre des mots sur ce qui nous sépare, toute la vérité sur ces années perdues, ces années gâchées où nous tenions bon, contre vents et marées.

Nous sommes désormais libres de dire que les traîtres n’étaient pas au Front Populaire ivoirien, que le FPI a été, à l’inverse, l’inlassable gardien du temple de nos idéaux.

Nous sommes libres de rappeler que le 11 avril 2011, alors que

certains préféraient se rallier et d’autres partir en exil, les plus

virulents contre nous souvent dans des villas dorées, nous gardions la maison, par fidélité mais aussi et surtout par conviction.

Nous sommes libres de nous réjouir du départ des éléments réactionnaires, mais aussi libres de tendre la main à ceux qui comprendraient qu’ils se sont fourvoyés.

Nous sommes libres de nous assumer pleinement, grand parti social-démocrate, humaniste, aimant passionnément la Côte d’Ivoire et donc se tenant résolument aux côtés de son peuple.

Nous sommes désormais libres de dire que nous ne serons jamais animés par le moindre esprit de revanche envers quiconque, mais par une volonté résolue de rassemblement.

Nous sommes libres de tout mettre en œuvre pour infliger aux adeptes du tribalisme, du populisme et de l’extrémisme, l’année prochaine dans les urnes, un échec cinglant. C’est un impératif car ils constituent un danger pour la Côte d’Ivoire.

Nous sommes libres de sceller les alliances qui nous semblent les plus pertinentes, les plus efficaces, sans jamais nous renier, pour bâtir ensemble cette Côte d’Ivoire de la liberté, dans laquelle nos rendez-vous électoraux ne seront plus des épreuves et des

souffrances mais des moments de saine émulation et de

confrontation d’idées.

Nous sommes libres de tout mettre en œuvre pour faire entrer la Côte d’Ivoire sereinement et librement dans le club des démocraties réelles, dans lesquelles des alternances régulières sont la norme et où personne ne craint de perdre un jour le pouvoir.

Perdre un jour le pouvoir, c’est en démocratie, avoir l’assurance de pouvoir le reconquérir le lendemain ; c’est aussi la garantie que les enfants de ce pays ne risqueront plus de perdre la vie pour que, ce pouvoir, les uns ou les autres, nous puissions le conserver.

Pour nous, il n’existe pas en Côte d’Ivoire de vraies et de fausses victimes. Chaque camp a certes ses martyrs et les grilles de lecture sur les responsabilités des uns et des autres sont forcément contrastées. Mais pour nous, la compassion ne se divise pas. Devant la mort d’un enfant, le chagrin des uns n’est pas supérieur à la souffrance des autres. Ce message, je le martèle depuis ma sortie de la prison de Bouna en 2013, depuis la première tournée que j’ai alors faite sur le terrain.

Car, et c’est l’une de mes convictions fortes, le rôle d’un leader politique, comme celui d’un Etat, c’est de savoir protéger ses citoyens, de défendre ses enfants, plutôt que de les exposer, c’est de tout faire pour que leur vie et leur sécurité soient épargnées. En toute circonstance.

Alors, demain, mes chers camarades

Demain, le Front Populaire ivoirien a vocation à retrouver la confiance des Ivoiriens ; il a vocation à sceller avec notre peuple, un grand peuple, un nouveau pacte de confiance, une nouvelle alliance.

Demain, le Front Populaire Ivoirien a vocation à reconquérir les

cœurs.

Demain, le Front Populaire Ivoirien a vocation à exercer à nouveau le pouvoir d’Etat pour la construction d’une paix durable et d’un état de droit modèle, pour la renaissance de la Côte d’Ivoire.

Nous pressentons qu’en 2025, le temps des 3 grands présidents encore vivants de l’après Houphouët sera passé. Chacun a apporté sa pierre à la construction de notre pays. Il y a, en chacun d’entre eux, du bon et du moins bon. Ils ont agi, mais cela ne change rien à la réalité de 2025. Ce n’est pas parce-que l’on a fait que l’on est destiné à faire ; leur temps sera passé. C’est un fait, c’est une réalité, même si certains manifestent parfois de manière plus ou moins subliminale une envie de retour

A cet égard, nous approuvons la démarche de notre collègue à l’Assemblée nationale, l’honorable Antoine Assalé Tiemoko, d’introduire un verrou d’âge de 75 ans pour l’élection du président de la République.

Ce n’est pas à nos yeux un texte de pure circonstance, mais en la circonstance, c’est un texte qui peut aider à franchir ce cap et à faire progresser notre pays.

2025 verra, j’en suis convaincu, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et le moment venu, je solliciterai votre soutien pour porter nos couleurs ; j’ambitionne d’être le premier président de cette génération intermédiaire, fort de mon expérience, fort de ma connaissance intime de notre pays que j’aime si passionnément, fort aussi de notre projet.

Notre combat de reconquête, nous le mènerons autour de notre vision, de nos convictions, de notre message. Nous voulons bâtir une Côte d’Ivoire réconciliée, plus libre, plus prospère et finalement plus heureuse. C’est cela notre combat.

Avec les Ivoiriens, pour les Ivoiriens, nous avons donc vocation à décliner au pluriel ce mot de Liberté qui nous rassemble. Car l’esprit de liberté doit se répandre dans toutes les strates de notre pays, à

tous les niveaux, à tous les âges. Une liberté indissociable de la notion de responsabilité.

La liberté doit se nourrir de paix et de fraternité. Notre projet, c’est d’ancrer définitivement la Côte d’Ivoire dans la paix et dans la cohésion. Alors, la fraternité que nous chérissons retrouvera tout son sens : fraternité entre les Ivoiriens, fraternité avec les populations étrangères, venues s’installer et travailler chez nous. Nos divisions, ce sont des souffrances, c’est aussi du temps perdu, de l’énergie gâchée, que nous pourrions mieux employer, pour le développement et pour le rayonnement de notre pays.

La liberté pour le citoyen prendra toute sa force s’il en comprend les enjeux. Nous devons développer la conscience démocratique de notre peuple. C’est pour nous une obligation car nous savons tous que notre démocratie comporte des lacunes, que nos institutions restent fragiles et que nous devons savoir nous poser toutes les bonnes questions afin que la Côte d’Ivoire soit plus belle encore, plus forte dans ce contexte dangereux que j’évoquais tout à l’heure. La maturité démocratique de notre peuple renforcera demain encore le respect à l’égard de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale et donc sa puissance.

La liberté doit s’exercer pour les différentes collectivités qui ont chacune un rôle à jouer. Je proposerai ainsi de supprimer le Sénat, qui nous coûte cher et d’enrichir et de consolider la fonction de chef de village dans le développement national notamment pour tout ce qui concerne l’état civil et la cohésion sociale. La proximité sera ici un gage d’efficacité. Les collectivités territoriales décentralisées doivent disposer de moyens réels pour aider les femmes et les jeunes notamment.

La liberté pour nos écoliers, c’est de pouvoir transformer leurs rêves d’enfants en réalité lorsqu’ils entreront dans le monde du travail. Cela implique un système éducatif plus performant. Cela impose aussi un effort pour la formation des jeunes qui permettra une vraie insertion professionnelle.

La liberté pour les travailleurs signifie avoir un emploi stable. Cela passe par une professionnalisation de notre secteur informel, par la promotion de l’économie circulaire, par une lutte résolue contre le chômage qui touche les 2/3 de notre population et maintient encore tant de familles dans la précarité. Il faut que chacun puisse vivre dignement de son travail : les planteurs qui doivent bénéficier d’une meilleure rémunération des produits agricoles, les transporteurs qui ne doivent pas souffrir du racket, les artisans et les commerçants qui doivent bénéficier d’un environnement institutionnel saint et du soutien de l’Etat pour sortir de l’informel ; tous les travailleurs de ce pays dont le pouvoir d’achat doit progresser.

La liberté doit concerner les femmes, toutes les femmes : liberté pour la mère, qui doit accoucher dans de meilleurs conditions de sécurité dans nos maternités, pour l’épouse dans son foyer, qui

porte tant sur ses épaules, pour la travailleuse trop souvent cantonnée dans une économie informelle peu rémunératrice. Le Front Populaire Ivoirien est un parti d’émancipation et cela concerne toutes les femmes.

La liberté pour les malades signifie pouvoir se soigner : le système sanitaire et hospitalier n’est pas toujours décent, dans un pays où l’espérance de vie ne dépasse pas 57 ans, l’une des plus basses de la planète. Demain, je ne veux pas d’un pays à double système, où le peuple n’a pas accès aux soins et où les dirigeants filent à l’étranger dès qu’ils souffrent d’une maladie grave.

Plus généralement pour nos populations, la liberté c’est le droit de disposer partout, dans chaque village, du minimum vital, l’eau potable, l’électricité, un système sanitaire et un système éducatif accessibles géographiquement et financièrement. Je ne dis pas que rien n’a été fait. Je dis que nous devons faire plus vite, plus loin, plus grand. Nous devons lutter énergiquement contre la cherté de la vie. Je salue à cet égard le plafonnement des produits de grande consommation, décidé par le chef de l’Etat pendant trois mois.

En améliorant le quotidien de nos populations, nous afficherons un indice de développement humain qui renforcera aussi l’image de notre pays. Nous sommes passés de la 165ème à la 162ème place. C’est affligeant !

Nous pouvons, nous devons faire beaucoup mieux. La Côte d’Ivoire

doit retrouver une place encore plus forte au niveau international.

Nous devons tout faire pour que la Côte d’Ivoire soit un pays rayonnant, un pays respecté. Nous sommes une grande Nation et notre peuple est un grand peuple, fier, courageux, travailleur ; nous devons donc repositionner notre pays sur la scène internationale et alors notre peuple sera davantage encore respecté.

Pour exercer le pouvoir, chers camarades, nous devons enfin relever deux défis : la mobilisation et le rassemblement.

En matière de mobilisation, la dynamique est lancée. Nous avons gagné deux batailles : le 13 novembre à Treichville, aujourd’hui à Abengourou.

Mais désormais, c’est dans les urnes que nous devons nous mobiliser, mobiliser nos concitoyens afin que l’année prochaine, lors des élections municipales et régionales, ils fassent le bon choix.

C’est cela, l’enjeu des élections locales, passage obligé pour remporter deux ans plus tard la présidentielle. Ce sera un test de crédibilité dans le prolongement du congrès et de notre fête de la Liberté. Nous avons gagné la bataille du contrôle du parti. En 2023, nous saurons ce que nous sommes, ce que nous pesons, ce que nous représentons dans le cœur et les aspirations des Ivoiriens ;

Il ne faut pas se tromper. Ce sera un moment de vérité. Nous devons en faire un tremplin vers la reconquête deux ans plus tard du pouvoir d’Etat. Un tremplin pour gagner une autre bataille : celle de la reconnaissance nationale et internationale.

Ces dernières semaines, j’ai visité plusieurs dizaines de villages pour expliquer l’enjeu, pour rétablir la vérité de certains faits, pour écouter les attentes, pour me nourrir de ce contact si fort, si charnel, si intense, avec nos compatriotes. J’ai pris la mesure des manques, des besoins, des attentes.

Demain, je continuerai à aller à la rencontre de nos concitoyens. Inlassablement. Je sais que je ne serai pas seul. Je ne dois pas être le seul. Pour cette mobilisation, je sais pouvoir compter sur vous.

Je sais compter sur votre détermination. Je vous demande

d’occuper le terrain. Je vous demande de vous démultiplier.

Je vous demande de ne pas ménager vos efforts. Je vous demande de semer et de labourer le terrain.

Je vous demande de le faire dans un esprit de rassemblement.

Nous avons vocation à rassembler une majorité d’Ivoiriens.

Rassembler, c’est extirper tout esprit de division. Rassembler, c’est

rappeler une idée, à nos yeux essentiels :

La liberté, ce n’est pas et ce ne sera jamais pour nous la liberté des uns, et l’asservissement des autres. Ni même la liberté des uns qui s’exprimerait au détriment des autres. C’est la liberté pour tous.

Cette liberté impose une paix sans arrière-pensée, une vraie paix des braves.

Nous sommes le parti de la liberté, pour toute la Côte d’Ivoire, pour tous les Ivoiriens. C’est à tous les Ivoiriens que nous nous adressions hier et que nous nous adresserons toujours.

Alors, soyons nous-mêmes, libres et totalement décomplexés. Sans complexe, donnons le meilleur de nous-même dans ce combat. Sans complexe, soyons ensemble, convaincus que ce qui est bon pour le FPI sera demain bon pour le pays tout entier.

Sans complexe, employons-nous à faire entrer demain la Côte

d’Ivoire dans une nouvelle ère de son histoire.

Sans complexe…..

Je vous remercie.

Abengourou le 30 AVRIL 2022

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