Taïwan : Pourquoi la visite de Nancy Pelosi crispe les relations entre la Chine et les Etats-Unis ?

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Elle avait annoncé « venir en paix ». La présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi a quitté Taïwan mercredi 3 août, après une visite controversée de moins de 24 heures sur l’île revendiquée par la Chine, dans le cadre de sa tournée dans plusieurs pays asiatiques. Sa visite remarquée a eu lieu alors que les tensions se sont intensifiées ces derniers jours entre la Chine et les Etats-Unis. La « speaker » de 82 ans est la plus haute responsable américaine élue à se rendre dans l’archipel en vingt-cinq ans.

Pékin, qui considère Taïwan comme une partie de son territoire à réunifier, par la force si nécessaire, a déjà annoncé des représailles. EBURNEWS vous explique les enjeux autour de ce récent regain de tensions entre la Chine et les Etats-Unis.

Pourquoi cette visite suscite-t-elle la colère de Pékin ?

Alors que le voyage à Taïwan n’était pas prévu dans l’agenda de Nancy Pelosi, plusieurs titres de presse américains et taïwanais ont évoqué sa visite et une rencontre avec la présidente de l’île. La haute responsable américaine est finalement arrivée mardi soir sur l’île dans un avion militaire américain, accueillie par le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph Wu. Son accueil a été filmé et diffusé en direct à la télévision.

La Chine s’est immédiatement opposée à cette visite car elle considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et refuse toute initiative donnant aux autorités taïwanaises une légitimité internationale. Des responsables américains se rendent régulièrement sur l’île. Mais la Chine juge qu’une visite de Nancy Pelosi, troisième personnage de l’Etat américain, est une provocation majeure. La semaine dernière, dans un entretien téléphonique avec son homologue américain Joe Biden, le président chinois Xi Jinping avait déjà appelé les Etats-Unis à ne « pas jouer avec le feu ».

Depuis 1979, et le rétablissement des relations diplomatiques entre la Chine et les Etats-Unis initié par le président Jimmy Carter, Washington ne reconnaît qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien aux autorités taïwanaises, notamment via d’importantes ventes d’armes. Les Etats-Unis pratiquent également « l’ambiguïté stratégique », un positionnement diplomatique dans lequel le pays s’abstient de dire s’il défendrait ou non militairement Taïwan en cas d’invasion.

Pourquoi Nancy Pelosi a-t-elle décidé d’aller à Taïwan malgré ces menaces ?

La « speaker » de 82 ans a affirmé dans un communiqué que sa visite à Taïwan démontrait le « soutien inconditionnel » des Etats-Unis « à la dynamique démocratie » de l’île. L’élue démocrate a ajouté que cette visite ne contrevenait d’« aucune façon » à la politique de longue date des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine.

Dans une tribune publiée en parallèle dans le Washington Post (en anglais), Nancy Pelosi assure également que sa visite à Taïwan a pour objectif d’« être aux côtés de Taïwan (…) où la démocratie est menacée ».

Heure arançois Bougon, journaliste à Médiapart et spécialiste de la Chine, rappelle que cette visite ne s’est pas faite à l’initiative de l’administration américaine. « C’est là qu’on voit l’importance du Congrès dans la politique américaine vis-à-vis de Taïwan », analyse-t-il.

La Maison Blanche avait toutefois affirmé lundi que Nancy Pelosi avait « le droit de visiter Taïwan » « Il n’y a pas de raison pour que Pékin fasse de cette visite, qui ne déroge pas à la doctrine américaine de longue date, une forme de crise », a estimé son porte-parole, John Kirby.

Quel est le statut de Taïwan, au cœur de ces tensions ?

Le statut de l’île remonte à l’histoire de ses relations avec la Chine. Et plus précisément à 1949, lorsque les forces communistes menées par Mao Zedong s’emparent du pouvoir à Pékin, renversant le gouvernement du parti nationaliste Kuomintang, à la tête du pays depuis 1912. La République populaire de Chine est proclamée. L’exécutif déchu s’exile quant à lui sur l’île de Taïwan et y installe la République de Chine (ROC, en anglais). Les deux régimes continuent de revendiquer le contrôle du territoire chinois.

Aujourd’hui, plus de soixante-dix ans plus tard et alors que l’archipel ne revendique plus le contrôle de tout le territoire chinois, Pékin considère encore que Taïwan devrait être réintégrée au régime communiste. Et le pays de Xi Jinping n’hésite pas à montrer les muscles face à toute tentative indépendantiste. Pour preuve, les autorités chinoises n’ont cessé de faire monter la pression sur Taïwan depuis l’arrivée au pouvoir en 2016 de l’actuelle présidente Tsai Ing-wen, issue d’un parti pro-indépendance.

Sur le plan international, le statut de Taïwan reste flou. La ROC ne siège plus à l’ONU depuis 1971. Et son existence n’est reconnue que par 15 petits pays. Mais « Taïwan a dans les faits toutes les caractéristiques d’un Etat », Françoise Mengin, directrice de recherche au CERI (Centre de recherches internationales) Sciences Po, en novembre 2021. L’île, qui jouit d’un système démocratique, est dirigée par un pouvoir qui lui est propre depuis la victoire des communistes en 1949.

Quelles représailles la Chine a-t-elle déjà annoncées ?

Dans la foulée de la visite de Nancy Pelosi, la Chine a dénoncé l’attitude « extrêmement dangereuse » des Etats-Unis, promettant des « actions militaires ciblées ». Le pays a notamment annoncé l’incursion de plus de 200 avions militaires dans sa zone de défense aérienne située non loin de la frontière avec l’archipel.

Avant même l’arrivée de Nancy Pelosi, des « avions de chasse chinois Su-35 » avaient déjà « traversé le détroit de Taïwan », qui sépare la Chine continentale de l’île revendiquée par Pékin, avait annoncé la télévision étatique chinoise CGTN.

L’opération de l’armée vise à « défendre résolument la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et à fermement contrecarrer les ingérences extérieures et les tentatives séparatistes d »indépendance de Taïwan' », a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense chinois. Des exercices militaires sont déjà prévus aux alentours de l’île.

Le ministère du commerce de Pékin a également annoncé des sanctions économiques, telles qu’une suspension de l’exportation vers Taïwan de sable naturel – un composant clé dans la fabrication de semi-conducteurs, l’une des principales exportations de l’île. La Chine est le premier partenaire commercial de Taïwan, avec des échanges qui ont grimpé en 2021 de 26%, à 328 milliards de dollars, rappelle l’AFP.

Y-a-t-il des risques d’escalade militaire dans la région ?

L’annonce de représailles de la part de la Chine inquiète dans la région de l’archipel. Le Japon s’est dit mercredi « préoccupé » face aux « actions militaires ciblées » promises par Pékin, dont certaines auront lieu à l’intérieur de la zone économique exclusive (ZEE) japonaise.

Pour Sylvie Bermann, ancienne ambassadrice de France en Chine, il n’y a, pour l’heure, pas de risque réel d’escalade. Interrogée sur France Inter mercredi, la diplomate estime que la Chine n’ira pas plus loin qu’une démonstration de force et des sanctions économiques.

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