Le Sénateur JB Pany désavoue le gouvernement: «L’Exécutif a déshabillé Pierrette pour habiller Pauline… L’école ivoirienne aura du mal à sortir des abîmes»

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Les solutions du Ministère de l’Éducation nationale et de l’alphabétisation pour répondre aux deux principaux défis de la formation scolaire et de l’éducation nationale en Côte d’Ivoire, sont discutables voire décevantes. La qualité de l’enseignement (enseignants, contenus et logistique didactique) ainsi que la gestion des effectifs pléthoriques ne peuvent se faire au détriment de l’avenir de la jeunesse, l’avenir du pays. L’on ne peut non plus satisfaire les attentes en naviguant à vue, négligeant la maîtrise des données statistiques relatives aux besoins existants et ceux projetés à court, moyen et long terme. L’observation actuelle tend à confirmer, que l’Exécutif a déshabillé Pierrette pour habiller Pauline, rien n’a pertinemment changé.

Concernant l’enseignement secondaire général, sauf erreur, il nous parvient en effet, de façon récurrente, que la moyenne de passage en classe supérieure est de 10 /20. Celle pour reprendre sa classe est à l’extrême de 8,5/20 exclusivement pour les primo inscrits, avec une unique possibilité de reprise.

Du coup, tous ceux en dessous de 8,5/20 comme moyenne sont logiquement exclus pour insuffisance de performance. Il en est de même pour tous les redoublants qui n’ont pas réussi à obtenir 10/20 comme moyenne annuelle.

Ce qui est gênant, c’est que quasiment aucune alternative de poursuite n’est proposée, ni dans la filière initiale, ni dans d’autres filières. L’adolescent est donc bon pour la « casse » comme un vieux véhicule jeté à la poubelle. Même si certains établissements scolaires (cas peu courants) sont dotés de cellule d’orientation pour aider l’adolescent à trouver un point de chute dans l’enseignement professionnel, le parcours pour y parvenir est comparable à un « chemin de croix ».

Les arguments souvent mis en avant pour justifier le rejet des « rebus »indexent les effectifs pléthoriques et la qualité de l’enseignement appelés à privilégier les meilleurs.

Soit !

La question que nous fuyons tous, parents, familles, et autorités, c’est celle qui nous interroge sur le sort des nombreux jeunes rejetés par le système. Qu’en faisons-nous ? Devons-nous leur créer un autre pays, les déporter sans doute vers un autre territoire ?

Nous feignons tous, d’oublier souvent, qu’en plus des adolescents eux-mêmes, dont beaucoup n’arrivent certes pas encore à gérer convenablement leur liberté – surtout par la faute des adultes – les parents, les familles et l’État, doivent assumer et partager la responsabilité de l’échec scolaire.

Acceptons de nous appesantir sur le rôle particulier de l’État dans l’échec scolaire en Côte d’Ivoire.

En effet, les effectifs pléthoriques mis en cause au cours secondaire général, sont la résultante de deux faiblesses majeures que l’État doit accepter de regarder aussi en face, sans faux-fuyant :

Premièrement, il y a l’insuffisance des investissements réalisés à ce jour dans le secteur de la formation et/ou de l’éducation qui est à mettre au passif de la gestion étatique. Celle-ci est expliquée, notamment, par le désengagement discutable de l’État au profit de l’investissement privé depuis le début des années 1990.

Ceci est conforté par un faible regard concernant le respect des dispositions de la Constitution, particulièrement les articles 4, 9 et 10 relatifs à l’accès équitable garanti pour tous aux ressources de l’État en matière d’éducation et de formation. Ce désengagement de l’État avait été présenté au début de la décennie 1990 comme une conséquence imposée par les fameux plans d’ajustement structurels du FMI, soutenu par la Banque mondiale.

L’échec du privé à remplir les objectifs fixés, car naturellement portés par la justification de la rentabilité financière des investissements réalisés et la recherche du profit maximisé, se traduit en 2022 par un faible taux d’absorption des effectifs des apprenants ou des demandeurs légitimes du savoir, les jeunes (enfants et adolescents).

La mise en jeu de la loi de l’offre et de la demande permet certes d’équilibrer le dispositif scolaire en place, mais grâce aux coûts des scolarités (prix d’équilibre) situés à un niveau très élevé. La subvention accordée par l’État couvre dans certains cas à peine le quart de la scolarité exigée par les établissements privés. Ceci pose un problème d’équité avec ceux des adolescents qui sont inscrits dans les établissements publics secondaires, et semble violer les articles de la Constitution évoqués ci-dessus (art 4, 9 et 10).

Tous sont certes les « pupilles » de l’État, mais ils ne sont pas tous admis au même niveau d’accès, aux ressources allouées à l’éducation et à la formation. L’État devrait se sentir interpellé par la détresse de certains parents confrontés à cette inégalité insupportable, en dépit d’une subvention curieusement élevée, de FCFA 89,39 Mrds en 2022 et prévue à FCFA 130,93 ou 162,53 Mrds respectivement en 2023 et en 2024 pour les seuls établissements du secondaire général privé laïc.À noter aussi que pour les cas vérifiés, à peine le tiers (1/3) des effectifs des établissements est concerné par les affectés de l’État. Les deux (2) autres tiers concerne le libre choix des familles ( ?).

À regarder de près, l’option de l’enseignement privé semble coûter plus chère à l’État et plus encore aux parents des élèves affectés par l’État au privé. De surcroit la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles privées n’est pas garantie. Puis que les enseignants formés par l’ENS (et au CAFOP) sont dédiés exclusivement au secteur public, poussant ledit secteur privé à recruter les moins qualifiés des enseignants disponibles. La balance parait doublement déséquilibrée pour les élèves ainsi sacrifiés pour la survie du business des écoles privées, sans donner les moyens à ces dernières d’accéder à une ressource humaine de qualité. Le Centre Lasallien Africain (CELAF) situé à Abidjan et formant des enseignants du cycle primaire est une initiative privée de l’Église catholique en Côte d’Ivoire dont l’expérience et la promotion à l’échelle nationale auraient pu servir pour la cause au profit des enseignants du privé (primaire et secondaire). Hélas !

À la qualité moins bonne du corps enseignant disponible pour le secteur privé, il faut ajouter la nécessité de toiletter les manuels scolaires dont certains posent problème ainsi que la préoccupation d’éradiquer l’insuffisance ou l’absence de la logistique didactique et de certains investissements de base dans les écoles en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, l’insuffisance des investissements évoquée précédemment est aussi la conséquence de la pression démographique, aggravée par une absence de politique d’immigration pertinente, faisant en définitive de la Côte d’Ivoire, la vache à lait où toutes les solutions peuvent être trouvées. Certains n’hésitant pas en effet à déléguer ou à transférer en Côte d’Ivoire leur propre pression démographique. À charge pour la Côte d’Ivoire de construire plus de classes ou d’octroyer plus de subventions à son secteur privé en conséquence. Ce choix est incompréhensible pour beaucoup. La question mérite donc d’être posée, loin des fausses passions politiciennes, à la veille du marathon de la séance budgétaire 2023 à ouvrir au Parlement ivoirien.

Sans se soucier du fait que cela pourrait se faire au détriment des « pupilles » de la Côte d’Ivoire elle-même, ce transfert malicieux de la pression démographique venue d’ailleurs, et acceptée sans condition, expose ou fragilise aussi bien quantitativement que qualitativement, le système éducatif ivoirien. Le sujet ne peut plus être classé tabou. La volonté qui a gouverné la création du TAC (traité d’amitié ivoiro-burkinabé), à elle seule, justifie aussi qu’on en parle franchement sans craindre d’être stigmatisé.

Deuxièmement, il y a l’inertie de l’État face à certains fléaux, tels que l’alcool, la drogue, la prostitution et les meurs importés par les réseaux sociaux ou l’ouverture médiatique sans limite, agressant notamment les jeunes, avec la caution silencieuse de l’État sur les chaînes publiques ou privées. L’échec scolaire observé trouve aussi en partie son explication dans cet environnement moral délétère accepté par l’État.

En tolérant la prolifération anarchique des débits d’alcool y compris dans le périmètre scolaire et leur accès à des adolescents mal préparés et au préalable négativement influencés par les médias et les réseaux sociaux, l’État manque à un devoir régalien. Au surplus, le développement des fumoirs de drogue parfois à proximité des établissements scolaires, prouve que l’État ne peut raisonnablement nier sa responsabilité dans l’échec scolaire.

Troisièmement enfin, la responsabilité de l’État, dans ce qu’il est convenu d’appeler échec scolaire en Côte d’Ivoire est aggravée par le rôle actif qu’il joue lors de l’agrément de nouveaux établissements scolaires, privés ou publics, ou lors du contrôle de ceux qui existent. Il est inconcevable à ce stade de s’entendre dire que l’État ignore le niveau des besoins actuels de nouveaux établissements scolaire. Pire, la planification pour le court, moyen et long terme se ferait sans avoir au préalable statistiquement identifié et quantifié ce besoin à court, moyen et long terme. Si tel est le cas, le Ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation ainsi que l’Institut national de la statistique (INS) sont à plaindre. Leur condamnation est aggravée par le contexte actuel où, la Côte d’Ivoire subit une pression démographique forte, et qu’elle a cruellement besoin de renforcer son capital humain, à mettre à la hauteur de ses ambitions de développement socioéconomique.

Par ailleurs, il est énigmatique d’observer que des établissements scolaires existent et fonctionnent, créés ou agréés par l’État, sans certaines commodités basiques, terrain de sport, laboratoire, outils didactiques, etc.

Face à un tel tableau il y a des urgences à satisfaire, et une nouvelle orientation profonde à donner à notre système éducatif.

Au titre des urgences l’État doit enfin se résoudre à accepter illico presto d’assainir le périmètre scolaire de sorte à ne plus accepter ni de fumoir, ni de débits d’alcool ou de kiosque à cigarette dans un certain rayon autour de chaque école. Les activités douteuses comme les garages automobiles ou les hôtels doivent être également déguerpies de ces lieux. Si les Ministres en charges de ces questions de survie n’en ont pas le courage, alors avouons tous que nous avons collectivement échoué.

La seconde urgence c’est de requalifier pour tous, surtout pour les adolescents, l’addiction à l’alcool, à la cigarette et particulièrement à la drogue ou autre substance hallucinogène, comme une maladie, pareille à l’hépatite, au VIH, ou à la Covid 19, etc. Cette requalification entrainera d’office la prise en charge des malades de l’« addiction à l’alcool, à la cigarette et surtout aux substances hallucinogènes (AACSH) ».

Cette prise en compte pourrait pertinemment se traduire par la mise en place sur toute l’étendue du territoire, dans toutes les structures de soins médicaux (hôpital, clinique, centre de santé, infirmerie, etc.), notamment scolaires, des services dédiés au traitement du « AACSH ». C’est une question de survie de la Nation face au fléau de la drogue notamment en milieux scolaires et universitaires.

Les nombreuses familles concernées vivent impuissantes ce fléau sanitaire, silencieusement, par peur d’être stigmatisées. Or cette maladie, car c’en est une, tend à devenir une épidémie -si ce n’est déjà le cas. Elle semble être l’une des principales causes de l’échec scolaire. L’État ne peut nier son inertie coupable.

Se contenter de faire renvoyer les adolescents, tout de go sans leur proposer, ni à eux, ni aux familles, des solutions alternatives pour les aider (traitement et insertion) et leur permettre de terminer leurs études ou obtenir une formation a minima pour eux, paraît excessif et irresponsable. C’est pousser l’État à manquer à un devoir régalien.

Prenons en garde, si l’épidémie n’est pas traitée, cette situation explosive expose aussi ceux des élèves paraissant encore dans le circuit, mais pour combien de temps ?

La politique de l’autruche ou l’hypocrisie officielle décrite ci-dessus discrédite et interpelle le Gouvernement, surtout les Ministres concernés (éducation nationale, enseignement supérieur, enseignement technique, santé, sécurité intérieur, promotion de la famille, etc.).

Même le discours économique et financier relatif à la promotion et/ou au renforcement du capital humain – appelé de tous les vœux – s’en trouve creux et fragilisé.

Parlant des mesures stratégiques et structurelles il y en a plusieurs à prendre. Attardons-nous cependant sur trois d’entre elles :

La première concerne la parfaite connaissance ou maîtrise des besoins encore à satisfaire. Cela suppose qu’il faut urgemment initier un inventaire exhaustif de l’existant et conduire un recensement statistique en vue d’évaluer les besoins encore à satisfaire (nouvelles classes, nouveaux établissement, commodités à promouvoir, etc.)

La seconde concerne la mise à niveau du corps enseignant qui intervient dans les écoles privées (primaires, secondaires, et même supérieures). L’investissement peut s’appuyer sur l’exemple existant (CELAF pour le primaire) ou favoriser l’accès aux enseignants du privé aux structures existantes, à renforcer aussi et à décentraliser à l’échelle nationale. Il est injuste de réserver les meilleurs enseignants pour le secteur public et les moins bon a priori pour le privé (article 4, 9 et 10 de la Constitution).

La troisième mesure concerne le désengagement progressif de l’État de l’option dite des « affectés de l’État dans les écoles et universités privées ». Le privé doit demeurer un choix libre des parents et des élèves ou étudiants, non une orientation forcée par l’État. La famille assumera donc seule mais avec responsabilité son option du privé si tel est son choix. En revanche, l’Etat devra impérativement mettre en place un programme d’investissements massifs dans le secteur de l’éducation et de la formation en tenant compte des besoins. Il doit s’interdire de naviguer à vue. Il est une exigence régalienne, l’État ne doit pas perdre de vue ceux des enfants en difficulté quelconque, de sorte à prévoir s’il y a lieu des alternatives de formation professionnelle ou enseignement général, pour ceux qui ne peuvent suivre le rythme commun, quelque soit le niveau (primaire, secondaire ou supérieur).

Les sommes versées par exemple aux écoles privées laïcs secondaires, sont un terreau intéressant pour construire et financer un programme sain sur 5 ans ou plus. A titre illustratif, une ressource mobilisable immédiatement de XOF 1000 Mrds peut permettre par exemple d’aller vite, la couverture pour le remboursement pouvant être obtenue des prévisions budgétaires de subvention du secteur privé scolaire laïc qui seraient devenues moindres voire nulles. Même si l’exemple illustratif ci-dessus n’est pas fin, l’arbitrage peut être affiné autrement. Mais il parait inévitable de mettre en place un véhicule doté d’une autonomie financière et de la personnalité juridique pour plus de pertinence et aussi pour éviter une confusion de rôles avec les Ministères chargés de la question de l’éducation et de la formation des adolescents en Côte d’Ivoire.

Les ivoiriens sont en droit de savoir que, sur une échelle de 100, les besoins actuellement satisfaits pour chaque chapitre sont de 10 ou de 60 %. Si cette information ne peut être disponible, les ivoiriens auraient eu tort d’avoir applaudi trop tôt les tenants actuels des Ministères de l’éducation nationale et de l’alphabétisation ainsi que ceux de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ou de la formation technique et professionnelle.

 

Contribution élaborée par le Sénateur Jean-Baptiste PANY

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