Abandon de dettes par la Chine: Après l’échec de l’initiative PPTE, les dés à nouveau lancés, selon le Banquier-Sénateur Jean-Baptiste PANY

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La dette souveraine ivoirienne fait débat. Pendant que le Ministre de l’Economie et des finances semble affirmer que la Côte d’Ivoire n’a pas de problèmes avec sa dette souveraine, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique dit le contraire. Cadre de banque, Jean-Baptiste Pany a servi dans plusieurs filiales de banques internationales. Cette fonction dans laquelle il est depuis plus de 27 ans l’a conduit à occuper des postes importants dans le secteur du financement des matières premières agricoles, dont le cacao et la noix de cajou en Côte d’Ivoire.  Ce qui lui a permis d’écrire les livres suivant : 1/Le Cacao profite-t-il encore à la Côte d’Ivoire ? 2/La Noix de Cajou en Côte d’Ivoire. Elu sénateur dans la région du Gbôklè au sud-ouest de la Côte d’Ivoire, Jean-Baptiste Pany participe régulièrement aux débats politiques et économiques. Il vient, ce lundi 29 août 2022, par cette contribution, éclairer les Ivoiriens sur la dette de leur pays. Contribution.

 

L’article diffusé par Jeune Afrique, il y a trois jours, semble accuser certains États africains comme la Côte d’Ivoire de dissimuler l’information sur la non « supportabilité » de la dette souveraine, conséquence de toute demande de restructuration ou d’annulation.

Sauf mauvaise lecture, 45% de la dette souveraine de la Côte d’Ivoire serait chinoise selon les données révélées par Jeune Afrique  (?).

https://www.jeuneafrique.com/1196909/economie/dette-qui-sont-les-creanciers-de-lafrique/

Jeune Afrique paraît affirmer que l’initiative vient des débiteurs de la Chine. Ce n’est donc pas un cadeau à l’initiative de la « généreuse » Chine à l’Afrique, mais la conséquence de l’asphyxie inévitable qu’elle a accepté de lui éviter, à la demande des africains eux-mêmes.

À l’Est plusieurs pays comme le Kenya, le Mozambique, l’Ouganda, la Tanzanie, … sont contraints depuis quelques temps à négocier des plans de restructuration avec les bailleurs de fonds, notamment avec le FMI et la Banque mondiale, pour diverses raisons.

Plus près de nous en Afrique de l’Ouest, début août 2022, « Fitch Ratings » a porté l’estocade au Ghana. Comme il fallait s’y attendre, dans la foulée de la décision de juin 2022 de S&P Global Ratings, l’agence de notation financière Fitch Ratings a également dégradé la notation souveraine du Trésor ghanéen le mercredi 10 août.

Le Ghana, précédemment cité comme un modèle par les organisations de Bretton-Woods, a donc vu récemment sa note de risque de solvabilité dégradée par les majors américains de la notation financière au point d’en faire un pays inéligible sur le marché financier international classique.

La Côte d’Ivoire, à ce jour, a nié être en mauvaise posture pour le remboursement de sa dette souveraine malgré l’environnement économique morose marqué par les effets de la crise sanitaire à Covid-19, ceux de la guerre en Ukraine et la baisse notamment des cours du cacao (produit stratégique).

Curieusement, alors que le budget de l’État semble indiquer sans ambiguïté l’insuffisance de richesses produites et encaissées par la caisse de l’Etat pour faire face à la dette , à cause surtout de la double contrainte du train de vie très élevé de celui-ci et du niveau vertigineux du service de la dette, le Ministre de l’économie, selon les indications du quotidien ivoirien Fraternité Matin du jeudi 25 août 2022, semblait affirmer que la Côte d’Ivoire n’a pas de problèmes avec sa dette souveraine.

« La dette ivoirienne est maîtrisée et sous contrôle », titrait ce quotidien ivoirien ce jeudi 25 août 2022, au grand apaisement des ivoiriens et au soulagement des créanciers de l’Etat de Côte d’Ivoire. Coïncidence de date avec l’article de Jeune Afrique (?), c’est curieux en effet !

Jeune Afrique semble contredire le Ministre de l’économie et des Finances, porte-parole du Gouvernement, sur cette préoccupation spécifique du stock de la dette souveraine de la Côte d’Ivoire.

Une interrogation rejaillit en effet de la publication de Jeune Afrique : pourquoi la Côte d’Ivoire qui se vante de détenir l’un des meilleurs taux d’endettement au monde, le ratio de la « Dettes souveraines » rapporté au « Produit intérieur brut (PIB) » (environ 49% à fin mars _ dixit Sika Finances) étant largement inférieur à la norme limite de 70 % ? Pourquoi un tel pays risquerait-il sa réputation financière au point de demander la restructuration ou l’annulation de sa dette souveraine détenue par un créancier ?

https://www.sikafinance.com/marches/amp/cote-divoire-21-117-milliards-fcfa-dencours-de-la-dette-a-fin-mars-2022_35133

Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Apparemment, ce n’est pas un luxe pour la Côte d’Ivoire de figurer sur la même liste que certains États africains quémandeurs de cette bouée de sauvetage tels que le Mozambique, l’Ouganda, la Zambie, etc.

https://amp.rfi.fr/fr/afrique/20210427-l-ouganda-veut-renégocier-le-remboursement-de-sa-dette

En tout état de cause, l’initiative d’annulation de la dette de la Côte d’Ivoire, si elle est acceptée par la « généreuse » Chine, elle sera comme une bouée de sauvetage qui arrive à point nommé.

Car les fondamentaux ivoiriens dévoilent que le pays va dans le mur : Sans la dette et les dons ou autres recettes exceptionnelles, la Côte d’Ivoire ne peut plus couvrir sereinement ni ses besoins courants, ni le service de l’encours actuel de la dette abyssale.

Pour l‘exercice 2022, sur un budget équilibré à FCFA 9 901 Mrds (euro 15,09 Mrds) le service de la dette à payer est prévu à FCFA 3061 Mrds (euro 4,67 Mrds) dont FCFA 1016 Mrds (euro 1,55 Mrds) de charges financières. La dette prive la Côte d’Ivoire quasiment du tiers (1/3) des ressources mobilisées.

Par ailleurs, environ 90% des recettes fiscales couvrent à peine les dépenses courantes. Ce qui implique pour certaines dépenses incompressibles comme la dette, l’état ivoirien soit encore obligé de recourir à un mécanisme d’endettement (interne ou externe). Le serpent qui se mord la queue.

Cette situation réduit les possibilités propres d’investissements de l’Etat, vu que le solde des revenus propres est faible pour supporter les dépenses courantes actuellement à un niveau élevé et inapproprié – à cause, entre autres, du train de vie de l’Etat. Cela ne permet donc pas de dégager une marge pertinente en vue de financer suffisamment les dépenses d’investissements.

Or ce sont ces dernières qui créent la richesse et qui permettent la mise en place de l’investissement de survie qui fait encore cruellement défaut à la Côte d’Ivoire.

La situation particulière de la Côte d’Ivoire justifie un nouvel endettement élevé chaque année afin de soutenir les recettes budgétaires propres d’environ FCFA 5 500 Mrds (euro 8,38 Mrds) (hors subventions et recettes exceptionnelles) dont environ FCFA 4 000 Mrds (euro 6,1 Mrds) de recettes fiscales, espérant obtenir des dons en vue de compenser le gap si les ressources issues des privatisations et de la dette ne suffiraient pas pour boucler les prévisions budgétaires.

L’on comprend aisément pourquoi la lutte contre l’inflation actuelle semble un leurre, car l’Etat en quête de recettes budgétaires est le plus grand bénéficiaire de cette inflation. Plus les prix facturés sur les marchés sont hauts, plus certaines recettes de l’Etat comme la TVA sont aussi élevées…

En tout état de cause, il faut saluer l’avènement des dernières découvertes pétrolières ainsi que l’initiative de l’annulation de la dette chinoise. Ces deux faits conjugués donnent à la Côte d’Ivoire une troisième chance. Une excellente opportunité pour relancer le mécanisme de création de richesses, inefficace ou insuffisant à ce jour.

Pourvu que cette initiative ne se traduise pas dans les faits comme ce qui fut observé après la mise en œuvre des initiatives PPTE et IADM qui avaient été pourtant présentées par feu Charles Koffi Diby en juin 2012 comme une seconde chance.

Pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, le stock de la dette souveraine était évalué à FCFA 6 396 Mrds (euro 9,75 Mrds), sauf erreur, avant juin 2012 et posait déjà problème.

Celui-ci a été réduit officiellement à un niveau de FCFA 2 214 Mrds (euro 3,38 Mrds) en juin 2012 – après la remise de dettes à hauteur de FCFA 4 090 Mrds (euro 6,24 Mrds).

Actuellement, ce stock serait projeté pour fin 2022 à plus de FCFA 21 529 Mrds (euro 32,82 Mrds) – dix (10) ans après les initiatives PPTE et IADM. Un véritable bon, une boulimie de la dette jugée peu visible sur le terrain par certains analystes ou observateurs de la vie socio-économique en Côte d’Ivoire.

Longtemps annoncé/déclaré comme étant non problématique, ce stock impossible à rembourser avec les richesses produites ferait l’objet d’une demande d’annulation pour la partie chinoise (dixit Jeune Afrique).

Enfin l’aveu (?)!

Sénateur Jean-Baptiste PANY

*PPTE : Pays pauvre très endetté

*IADM : Initiative d’annulation de la dette multilatérale

 

 

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