Kenya : William Ruto veut miser sur les crédits carbone

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Alors que le changement climatique s’accélère et que la pression monte sur les entreprises et les pays pour qu’ils améliorent leurs performances, la demande de crédits carbone a explosé. « La restauration et l’expansion des puits de carbone naturels de l’Afrique ne sont pas seulement un impératif environnemental. Il s’agit d’une mine d’or économique sans équivalent« , estime le président kenyan William Ruto.

Au cœur de Kasigau, vaste étendue de collines et de savane du sud du Kenya sillonnée par les éléphants, sept personnes s’affairent autour d’un arbre noueux et sans feuilles, munis de porte-blocs et de mètres-ruban.

D’apparence banale, cet arbre a une grande valeur à l’heure du changement climatique: il stocke le carbone.

Dans cette forêt semi-aride de 200 000 hectares, « nous voulons être absolument sûrs de compter chaque arbre », explique Geoffrey Mwangi, responsable scientifique de la société américaine Wildlife Works.

Ce recensement se transformera en crédits carbone, de plus en plus prisés des multinationales, comme Netflix et Shell, désireuses de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre et renforcer leur réputation écologique.

Malgré les critiques sur leur efficacité réelle et la volatilité des cours, ces compensations carbone se vendent pour des millions de dollars.

En mal de liquidités, les pays africains veulent investir ce secteur en expansion, dont la valeur actuelle de 2 milliards de dollars devrait quintupler d’ici 2030.

L’Afrique produit actuellement seulement 11% des compensations carbone mondiales alors qu’elle abrite la deuxième plus grande surface de forêt tropicale au monde et de vastes écosystèmes absorbeurs de carbone (mangroves, tourbières…).

Au Kenya, qui accueille cette semaine un sommet continental sur le climat, le président William Ruto estime que ces puits de carbone constituent une « mine d’or économique sans précédent ».

« Ils ont le potentiel d’absorber des millions de tonnes de CO2 par an, ce qui devrait se traduire par des milliards de dollars », a-t-il déclaré lundi.

« Intérêt massif »

« Il y a un intérêt massif. Au Kenya, nous détenons 25% du marché africain et notre ambition est de l’étendre », déclare à l’AFP Ali Mohamed, l’envoyé spécial du président Ruto pour le changement climatique.

À Kasigau, à environ 330 kilomètres au sud-est de Nairobi, propriétaires fonciers et habitants sont payés pour garder la forêt intacte dans le cadre d’un vaste projet géré par Wildlife Works, plus grand vendeur de compensations carbone d’Afrique.

Selon la compagnie américaine, les revenus du projet ont permis d’employer environ 400 personnes, pour la plupart locales, et de financer des infrastructures d’eau, d’éducation et de santé dans cette région reculée du Kenya.

Son fondateur Mike Korchinsky a assuré qu’au moins la moitié des revenus de la compagnie est allé à la population locale.

Les forêts protégées dans le cadre du projet Kasigau Corridor REDD+ étaient autrefois défrichées pour le bois de chauffage et le charbon. Eviter la déforestation permet de garder le carbone dans le sol et les arbres au lieu de le libérer dans l’atmosphère.

Wildlife Works affirme que son projet, le premier au monde à générer des crédits certifiés selon cette approche, a été vérifié de manière indépendante neuf fois depuis 2011 et a compensé l’émission d’environ 22 millions de tonnes d’émissions de CO2.

Le Kenya émet environ 70 millions de tonnes de CO2 par an, selon Climate Watch, plateforme gérée par l’Institut des ressources mondiales qui surveille les émissions nationales de gaz à effet de serre.

« Fausses solutions »

L’Initiative des marchés du carbone en Afrique, lancée lors de la COP27 en novembre et soutenue par l’ONU, estime que 300 millions de crédits pourraient être générés chaque année sur le continent d’ici 2030, soit 19 fois plus qu’actuellement.

Un crédit carbone représente une tonne de dioxyde de carbone éliminée ou réduite dans l’atmosphère.

Pour le Kenya, cela signifierait plus de 600.000 emplois et 600 millions de dollars (556 millions d’euros) de revenus annuels.

Mais ces projections supposent un prix du carbone bien supérieur à l’actuel et une augmentation massive des financements pour ce marché volatil et très peu régulé, qui suscite méfiance des investisseurs et critiques des défenseurs de l’environnement.

Avant le sommet de Nairobi, plus de 500 organisations de la société civile ont écrit au président Ruto pour l’exhorter à ne pas y intégrer les marchés du carbone et autres « fausses solutions (…) menées par les intérêts occidentaux ».

« Ces approches encourageront les pays riches et les grandes entreprises à continuer de polluer le monde, au grand détriment de l’Afrique », affirment-elles.

Pour Joseph Nganga, nommé par M. Ruto pour mener le sommet, les marchés du carbone ne sont « pas une excuse pour les émissions mais un moyen de garantir la responsabilité » des plus riches qui les achètent.

Des pays s’efforcent de réglementer le secteur.

Cette année, le Zimbabwe a annoncé qu’il s’approprierait la moitié des revenus générés par les crédits carbone sur son sol, provoquant quelques remous sur les marchés.

Le Kenya finalise également sa propre législation. Ali Mohamed assure que le gouvernement ne veut pas « chasser les investisseurs » mais garantir la transparence et des retombées pour les populations.

Africanews

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